À cette heure indue, l’Algarve se frotte encore les yeux pour chasser le sommeil. Le port de plaisance est inhabituellement calme, tandis que des hors-bord valant des millions d’euros tanguent et se balancent à leurs amarrages. Même les mouettes du coin semblent avoir déclaré forfait.

Mais nous mettons le cap vers le nord. Notre destination est la « Riviera portugaise », cette magnifique et grandiose portion de littoral autour de Cascais et d’Estoril où, depuis des générations, le Portugal fait semblant d’être Monaco.

Une beauté délicate

La route vers le nord est suffisamment longue pour que le paysage se transforme, mais pas au point de vous faire remettre en question vos choix de vie.

Finalement, Lisbonne se détache de manière spectaculaire au loin. Au-delà, s'étend la côte atlantique, où l'architecture devient plus raffinée, les voitures plus chères et les lunettes de soleil nettement plus grandes.

Notre premier arrêt sera Cascais, après une balade tranquille le long des 35 km de l’Avenida Marginal, cette superbe route côtière qui relie Lisbonne à Cascais, avec son impressionnante promenade piétonne et sa piste cyclable qui longent les reflets bleu-vert du Tage, scintillant au soleil. Quel spectacle fabuleux ! C’est tout simplement époustouflant.

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Cascais possède une beauté particulière. La ville sait tout simplement qu’elle est belle. Cette beauté délicate, empreinte d’une douce et subtile timidité, qui ne laisse jamais transparaître la moindre trace de vulgarité ou de prétention. Les bâtiments blanchis à la chaux resplendissent sous le soleil de septembre, les façades carrelées scintillent à la lumière et les ruelles étroites dévalent vers la mer. De superbes bougainvilliers dévalent en cascade le long des hauts murs, dans une explosion éblouissante de roses éclatants et de violets chatoyants.

Bien que la ville soit animée, le mois de septembre apporte un rythme plus paisible. La grande invasion estivale a commencé à battre en retraite, mais les plages sont encore remarquablement chaudes, les restaurants bourdonnent toujours d’activité et l’Atlantique semble délicieusement invitant. Cascais semble particulièrement douée pour ne rien faire. Il suffit de s’asseoir en terrasse, de boire un café et de regarder simplement le monde défiler.

Un paysage extraordinaire

Le lendemain, je suis parti me promener en direction d’Estoril, où il devenait presque impossible d’ignorer le caractère « Riviera » des lieux.

Estoril dégage une atmosphère d’antan qui semble de plus en plus rare de nos jours. Les grands hôtels, les avenues bordées de palmiers et le Casino d’Estoril rappellent une époque où la jet-set internationale arrivait avec ses malles, ses étuis à cigarettes et suffisamment d’argent pour que le fait de le perdre ressemble à un passe-temps amusant. L’univers hédoniste d’Ian Fleming, fait d’intrigues, de paillettes et de glamour, ne semble jamais très loin. En effet, on imagine aisément quelqu’un en smoking blanc, adossé mystérieusement contre un bar, commandant un cocktail « secoué, pas remué ».

Malheureusement, la réalité vient me rattraper. Je portais mon pantalon pratique et j’étais probablement en train de consulter Google Maps plutôt que d’envisager de tenter ma chance à la bonne vieille roulette. Pourtant, les fantômes du passé glamour d’Estoril sont toujours là, et ils peuvent se révéler une compagnie splendide.

Mais la Riviera portugaise ne se résume pas au faste et au glamour. Son plus grand atout, c’est son paysage extraordinaire. Il suffit de rouler quelques miles vers l’ouest pour que la Riviera soignée cède soudain la place à quelque chose de sauvage et d’élémentaire : l’Atlantique. Il vient se briser contre les rochers autour de Guincho, tandis qu’un vent incessant hurle le long du littoral, transportant avec lui l’odeur du sel et de l’aventure.

Crédits : envato elements ; Auteur : Dmitry_Rukhlenko ;

Une exploration joyeuse

Si Cascais est le Portugal en costume de lin, alors Sintra doit être le Portugal dans l’une de ses tenues les plus surréalistes et flamboyantes.

Ici, les forêts s’enroulent autour des montagnes, un palais haut en couleur émerge des arbres et d’étranges brumes surgissent de nulle part. Ici, à Sintra, des plantes exotiques poussent avec une fougue débridée, et chaque route semble mener vers un endroit qui donne l’impression que Walt Disney et un aristocrate portugais particulièrement excentrique auraient été laissés seuls avec un gros chéquier. C’est merveilleusement farfelu, et pourtant d’une beauté absolue.

Pour moi, les journées s’enchaînent les unes après les autres. Que diriez-vous d’un petit-déjeuner avec vue sur l’océan ? Ou d’un déjeuner dans un café de village ? Peut-être un après-midi de farniente à flâner dans les ruelles historiques, pour finir par un café en fin d’après-midi qui, on ne sait trop comment, se transforme en bière en début de soirée ? Après tout, il est bien 17 heures quelque part. Pour couronner le tout, que diriez-vous d’un dîner convivial en terrasse, à regarder le ciel ibérique sans nuage se teinter lentement de rose et de pêche au-dessus des toits de tuiles rouges ? C’est la Riviera portugaise à son apogée.

Plus qu’un simple lieu, c’est un état d’esprit

Je m’en voudrais de rédiger un article sur le Portugal sans aborder le sujet de la gastronomie.

C’est l’histoire classique du poisson fraîchement grillé au charbon de bois. Mais pour les amateurs des nombreux trésors de l’océan, les fruits de mer portugais semblent toujours arriver à table si frais qu’ils sentent encore l’océan lui-même. Les crevettes juteuses disparaissent à une vitesse alarmante, et le poulpe se transforme en quelque chose qui frôle la poésie. Du pain, du fromage et des olives apparaissent comme par magie dès que l’on s’assoit à table. Nous apprécions tous le fait que le Portugal n’ait jamais vraiment adhéré à l’idée que les repas doivent être pris à la hâte, car il ne semble pas y avoir de récompense à finir le premier par ici.

En milieu de semaine, la tentation est forte d’abandonner complètement mon itinéraire. Pourquoi visiter six sites touristiques alors que je peux simplement m'asseoir sous un parasol coloré pour regarder les bateaux tanguer dans la marina ? Pourquoi gravir une colline alors que quelqu’un a eu la prévenance d’installer des tables et des chaises au pied de celle-ci ? Pourquoi se presser, d’ailleurs ? Le mois de septembre au Portugal semble taillé sur mesure pour ce genre de farniente sans vergogne. Ça me convient parfaitement.

Il y a, bien sûr, une multitude d’endroits à explorer. Palais, musées, forts, plages, jardins et domaines historiques ne manquent pas. Mais la véritable beauté réside simplement dans le fait d’être ici. Dans l’instant présent. La Riviera portugaise n’est pas seulement un lieu, c’est un état d’esprit. C’est l’odeur de l’eucalyptus qui flotte dans la douce brise du soir, le tintement des verres sur la terrasse d’un café se mêlant au bruit des vagues qui se brisent loin en contrebas d’une falaise imposante. C’est peut-être pour cela que cet endroit fonctionne si bien ? Et ça fonctionne. Parce que, pour ma part, j’adore cet endroit.

Le Portugal n’a pas vraiment cherché à devenir Monaco. Dieu merci. Il s’est contenté de reprendre l’idée de la Riviera, d’y ajouter sa touche personnelle : des bâtiments carrelés, des grillades, une architecture légèrement excentrique et un refus presque pathologique de se presser. Et… BINGO ! Le Portugal a créé quelque chose de tout à fait charmant.

Ma semaine touche enfin à sa fin. Je mets à nouveau le cap vers le sud. Retour vers Vilamoura. La route s'étend devant moi et le paysage familier de l’Algarve refait peu à peu surface. Mais quelque chose a changé. Peut-être est-ce simplement que je me suis souvenu à quel point il est agréable de voyager lentement ? Ou peut-être ai-je découvert la vérité éclatante sur la Riviera portugaise ? Ici, on n’a pas vraiment besoin d’un itinéraire, tout ce qu’il faut, c’est une voiture, un GPS raisonnablement fonctionnel, une tolérance pour les collines et un appétit sain pour vivre pleinement notre vie.

Le reste, comme on dit au Portugal, se réglera tout seul. Et si ce n’est pas le cas ? Il y a toujours un autre café, une autre bière ou un autre verre – voire deux – des meilleurs vins de l’Alentejo. On ne peut pas vraiment se tromper.