Le vice-ministre de la Présidence, Rui Armindo Freitas, a déclaré au Parlement que les étrangers qui participent à des manifestations et ne respectent pas la loi risquent de voir leur titre de séjour révoqué, rapporte Expresso.

Lors d’une audition à l’Assemblée de la République, dans le cadre de l’examen spécialisé du projet de budget de l’État pour 2027, Armindo Freitas a expliqué que la loi sur l’immigration est très claire « en matière de sécurité publique et d’ordre public », faisant référence aux « citoyens étrangers qui mènent une action quelconque » lors de manifestations.

Plusieurs immigrés brésiliens prévoient d’organiser des manifestations pour dénoncer les conditions de logement à Lisbonne et à Porto.

Si les règles ne sont pas respectées, « naturellement, les autorités compétentes devront faire leur travail », a déclaré Armindo Freitas, précisant qu’aucune mesure d’éloignement n’était envisagée.

« La conséquence est l’annulation des titres de séjour, ce qui peut entraîner le départ du territoire national dans un délai de 20 jours pour tous ceux qui, non pas pour avoir manifesté, mais pour avoir potentiellement mis en danger l’ordre public », a-t-il expliqué.

Inquiétudes concernant les droits constitutionnels

Bien que le responsable gouvernemental ait invoqué à plusieurs reprises la nouvelle loi sur l’immigration pour justifier sa déclaration, celle-ci n’en reste pas moins un signe d’« irresponsabilité » et de « danger » en établissant un lien entre l’exercice du droit constitutionnel de manifester et la perte potentielle du titre de séjour, selon l’Union des techniciens de l’immigration (STM).

« Ce message risque d’être perçu par les communautés de migrants comme une intimidation, suscitant une peur injustifiée et conditionnant l’exercice des droits fondamentaux protégés par la Constitution. Nous regrettons qu’à l’heure où certains secteurs de la société cherchent à faire porter aux immigrés le poids de la pénurie de logements, ce soit un membre du gouvernement qui établisse un lien malheureux entre la participation à des manifestations et le maintien des titres de séjour », a déclaré le syndicat des employés de l’Agence pour l’intégration, la migration et l’asile (AIMA).

« Le droit de manifester est un pilier essentiel de l’État de droit démocratique. Il ne doit en aucun cas être mis en cause ni associé à des conséquences administratives qui découragent la participation civique. Un immigrant en situation régulière est soumis aux lois du pays, comme tout citoyen, mais ces mêmes lois doivent également le protéger, y compris dans l’exercice de ses droits fondamentaux. La défense de l’ordre public et l’application de la loi doivent coexister avec la protection effective des libertés fondamentales, sans messages pouvant être interprétés comme conditionnant leur exercice », a ajouté le STM.

Le parti politique Livre estime également que le fait d’établir un lien entre les manifestations en faveur du droit au logement et la perte potentielle des titres de séjour soulève de graves préoccupations, d’autant plus que cela pourrait dissuader les immigrés de participer à des activités civiques et politiques, rapporte le Jornal Económico.

Selon le parti, le droit de réunion et de manifestation est un droit constitutionnel fondamental accordé à tous, quelle que soit la nationalité, et la participation à des manifestations ne peut, en soi, constituer un motif de perte d’un titre de séjour.

La nationalité des manifestants remise en question

Depuis le début des manifestations en faveur du droit au logement, un discours politique s’est concentré sur la nationalité des militants.

À la mi-octobre, le président du parti CDS-PP et ministre de la Défense nationale, Nuno Melo, a déclaré qu’il trouvait « particulièrement curieux » que, « à chaque fois, ou presque », qu’il allume la télévision, il voie parmi les porte-parole des manifestants « quelqu’un qui n’était pas né au Portugal, qui parlait avec un accent brésilien ou avec des accents d’autres régions », rapporte Expresso.

Selon le ministre, la « soi-disant crise du logement » est directement causée par « l’absence totale de contrôle des flux migratoires dans le pays ces dernières années ».

Les Brésiliens constituent la plus grande communauté étrangère au Portugal, avec environ 700 000 personnes vivant dans le pays, rapporte Revista Fórum.

Priscila Valadão, qui possède la nationalité portugaise et est l’une des porte-parole du « Camp de Lisbonne », a également critiqué l’approche du gouvernement, l’accusant d’utiliser la peur contre les manifestants.

« Le gouvernement n’aime pas les manifestants. Il impose une loi de la peur aux citoyens portugais et aux immigrés, en exerçant une répression policière gratuite à l’encontre de manifestants pacifiques », a-t-elle déclaré à Revista Fórum.


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