Les Caraïbes, par exemple. On y trouve des plages, des palmiers et un climat qui ne semble pas vous en vouloir personnellement. L’Algarve offre du soleil, des restaurants en terrasse et la certitude réconfortante que, s’il venait à pleuvoir, quelqu’un supposerait immédiatement que vous avez fait quelque chose pour le mériter.

À l’inverse, Galway, c’est les tempêtes de l’Atlantique, la pluie horizontale, la pluie qui tombe de travers, la pluie qui semble venir de sous vos pieds et, de temps à autre, ces journées où toute la ville semble avoir été plongée dans une machine à laver. Et pourtant, quelque part dans les années 1980, ce Gallois en est tombé éperdument amoureux.

Un signe d’honneur

C’était peut-être la folie, ou la musique, ou les pubs ? Peut-être était-ce le « craic », ou bien cette extraordinaire capacité irlandaise à regarder un temps capable de soulever une petite voiture du sol et à dire : « Ah, Jeysus, ça va s’éclaircir bien assez tôt. »

J’ai découvert Galway à une époque où l’Irlande semblait encore très différente du pays moderne que nous connaissons aujourd’hui. C’était en tout cas très différent du Royaume-Uni. C’était l’Irlande bien avant que les autoroutes ne relient l’île d’un bout à l’autre. C’était certainement avant que la moitié des gens ne semblent arpenter les rues avec un café artisanal préparé à partir de grains sud-américains obscurs. Galway, dans les années 1980, était plus rude, moins lisse – mais dans le bon sens du terme.


La ville semblait porter sa situation au bord de l’Atlantique comme un insigne d’honneur. Les bâtiments étaient battus par les intempéries, les rues pouvaient être complètement balayées par le vent, et la pluie n’était pas tant quelque chose qui tombait du ciel que quelque chose que l’océan Atlantique vous jetait à la figure. Ce petit détail n’a pas changé.

Mais malgré les intempéries, il y avait toujours beaucoup de chaleur. Pas nécessairement une chaleur météorologique, évidemment, mais celle qui émanait des gens. Galway avait, et a toujours, cette capacité irlandaise « rare-aul » à faire en sorte qu’un étranger se sente comme un vieil ami. On peut encore aujourd’hui entrer dans un pub sans connaître personne et en ressortir quelques heures plus tard avec un compagnon de beuverie pour la vie.

Et puis, bien sûr, il y a la musique. À l’époque, la musique traditionnelle irlandaise n’était pas principalement destinée aux touristes. Elle faisait tout simplement partie de la vie quotidienne. Pour un Gallois, cela avait quelque chose de profondément familier. Les interprétations de « Sésún Bach » et de « Danny Boy » résonnent dans les rues balayées par la pluie de Galway depuis aussi longtemps que je me souvienne.

Un réseau moderne

La grande transformation de Galway (depuis les années 1980) réside dans son accessibilité. S’y rendre depuis Dublin ressemblait autrefois à une véritable expédition. Mais les routes irlandaises ont radicalement changé. Le réseau autoroutier moderne a transformé les trajets à travers tout le pays, transformant ce qui était autrefois de longues aventures sinueuses en expériences nettement plus civilisées. À l’époque, un road trip en Irlande pouvait signifier se retrouver coincé derrière une succession de camions et de nombreux tracteurs.

Aujourd’hui, on peut parcourir l’Irlande à une vitesse étonnamment élevée. Les infrastructures sont meilleures, les routes permettent de rouler plus vite et les distances semblent bien plus courtes. Pourtant, vous finirez tout de même par vous retrouver coincé derrière un tracteur qui avance très lentement.

Crédits : Twitter ; Auteur : @galwaytourism ;

Galway elle-même s’est également considérablement développée et transformée au fil des ans. Ce n’est plus simplement l’avant-poste occidental un peu excentrique dont je me souviens. C’est devenu une ville internationale, jeune et pleine d’assurance, portée en partie par la technologie, l’éducation, le tourisme et l’extraordinaire dynamisme culturel qui l’a toujours distinguée des autres villes irlandaises.

De nos jours, les cafés sont omniprésents et les restaurants chics se sont multipliés. Si la vieille culture des pubs perdure, elle partage désormais les rues avec un Galway plus cosmopolite. Étudiants, artistes, musiciens, professionnels de la tech, touristes et habitants se côtoient dans une ville qui semble à la fois ancienne et remarquablement moderne.

Cependant, le Galway d’autrefois n’est jamais très loin. En vous promenant vers le Quartier latin, vous pouvez encore sentir l’histoire sous tout ce vernis touristique. Les rues restent intimes, et les bâtiments ont conservé leur caractère. Les artistes de rue rivalisent avec les musiciens, et les conversations débordent toujours sur les trottoirs, comme elles l’ont toujours fait.

Bien sûr, l’Atlantique ne manque pas de nous rappeler qui est le patron. Vous pouvez arriver à Galway en lunettes de soleil et chemise en lin, et en moins de dix minutes, vous serez à la recherche de votre suroît. À Galway, le vent ne se contente pas de souffler, il s’invite avec panache. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de me demander sérieusement si le toit de l’immeuble où je logeais allait tenir le coup. Les rafales de force dix semblent faire partie du quotidien. Les parapluies n’ont jamais été des outils particulièrement utiles pour garder les gens au sec ; ils ressemblaient davantage à des accessoires dans un sketch de comédie burlesque. Mais malgré tout, nous sortions tous, sachant très bien que nous allions probablement devoir affronter une longue marche trempée pour rentrer chez nous, avec un parapluie complètement cassé.

Mais c’est justement l’un des charmes de Galway. On ne peut pas se contenter d’attendre le beau temps, il faut simplement apprendre à l’ignorer. Les habitants de Galway maîtrisent parfaitement cet art. Ils ne laissent pas la météo perturber leur vie. Si le soleil se montre, tant mieux.

Sinon, tant pis !

Une excentricité traditionnelle

Il y a quelque chose de profondément attachant dans le refus de Galway de devenir une ville tout à fait respectable. Certes, la ville est sans aucun doute devenue plus riche, plus cultivée et plus sophistiquée. Mais elle n’a pas entièrement perdu son excentricité. Elle reste une ville où une conversation sérieuse sur la politique peut, d’une manière ou d’une autre, se transformer en une discussion sur la musique traditionnelle irlandaise. Cela se termine généralement par quelqu’un qui chante « The Fields of Athenry ». C’est ça, le craic.

C’est peut-être pour cela que, toutes ces années plus tard, j’éprouve toujours autant d’affection pour cet endroit. En tant que Gallois, je reconnais à Galway quelque chose qui n’est pas facile à expliquer. C’est le sentiment d’appartenir à une petite nation dotée d’une immense personnalité. Un endroit où l’histoire n’est jamais très loin, où la culture n’est pas quelque chose qu’on a soigneusement mis sous verre.

Bien sûr, Galway a beaucoup changé depuis que je l’ai découverte pour la première fois dans les années 80. Comme je l’ai mentionné, les routes sont en meilleur état et la ville semble désormais bien plus grande. Les restaurants sont nettement plus chics, la technologie est plus avancée et les touristes sont plus nombreux. De nos jours, on a même installé le Wi-Fi dans un pub où l’électricité était autrefois considérée comme un luxe.

Mais l’essence même de Galway demeure. La musique, l’humour, la chaleur des gens et l’influence omniprésente de l’Atlantique. L’extraordinaire capacité de la ville à faire en sorte que chacun se sente le bienvenu, même lorsque le temps fait tout ce qui est en son pouvoir pour gâcher la fête, reste aussi inébranlable que jamais.

Alors, comment suis-je tombé amoureux de Galway ? Eh bien, je n’en suis toujours pas tout à fait sûr. Peut-être était-ce cette première pinte de Guinness, peut-être était-ce la musique, ou peut-être était-ce les gens que j’ai rencontrés et les nombreux amis que je me suis faits ? Peut-être était-ce simplement la prise de conscience qu’à Galway, on n’a pas besoin d’attendre que le temps s’améliore pour passer un bon moment ? Peu importe ce que faisaient le vent et la pluie, il nous suffisait de sortir, d’être complètement trempés, de trouver refuge dans un pub et de laisser les choses se faire. « Ah, pour l’amour de Dieu ! Ce n’est qu’un peu de pluie, après tout ! »

À bien y réfléchir, c’est sans doute pour ça que j’ai fini par l’aimer autant. La pluie irlandaise me donne un peu l’impression d’être de retour chez moi, au Pays de Galles. Sauf qu’il pleut sans doute un tout petit peu plus.

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